Togo/Tribune : « Comment les chrétiens peuvent-ils se satisfaire de la cécité face à la violence en Terre Sainte ? »

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Tribune  Maryse Quashie est maître de conférences en sciences de l’éducation à l’Université de Lomé, au Togo. Dans cette chronique, elle en appelle aux chrétiens, à faire entendre leur voix face au déferlement de violences en Terre Sainte.

Face aux drames, comme le déferlement de violence en Terre Sainte, un certain nombre des spectateurs contemporains semblent être pris de cécité.

Ainsi, il y a d’abord ceux qui prennent parti de manière subjective que ce soit pour l’un ou l’autre des protagonistes, ils ne verront que ce qu’ils veulent voir, ce qui confirme leur vision d’un monde où l’un est tout blanc, l’autre tout noir. Leur cécité est renforcée par les manœuvres politiciennes de ceux qui manipulent également l’information sur certains médias.

Il y a ensuite ceux, paralysés par l’effroi quant aux conséquences d’une parole, hommes et femmes politiques ne voulant déplaire à personne, qui contribuent par le flou de leurs mots au « brouillage » des informations.

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Il y a encore ceux qui ont peur du qu’en-dira-t-on, qui craignent de passer pour des antisémites, des islamogauchistes, des fascistes, des sionistes, des radicalisés… Dans cette logique, leur perception de la situation est sélective, déformée par l’évitement de tout ce qui pourrait les obliger à prendre position.

Il y a enfin tous ceux qui sont dans l’indifférence, tous ceux qui sont à une certaine distance « géographique » du drame et pour qui cette distance devient vite « psychologique » et qui est source de cécité envers tout ce qui pourrait déranger leur tranquillité.

Mais comment les chrétiens, soit un habitant sur trois de la planète, peuvent-ils se laisser aller à cette cécité, alors qu’ils se réclament de Jésus-Christ, le prince de la paix ? Pourquoi ne haussent-ils pas la voix alors que la terre choisie par Dieu pour son incarnation subit tant de violence, un tel déferlement de haine, un si grand manque de respect de la vie, une telle explosion du désir de vengeance et d’appels à la vengeance… Pourquoi n’entend-on pas plus la voix des chrétiens, notre voix ?

Les chrétiens pourraient rappeler les mots bibliques marquant l’Alliance que le Seigneur conclut avec son peuple : « En ces jours-là, on ne dira plus : « Les pères ont mangé du raisin vert, et les dents des fils en sont irritées ». Mais chacun mourra pour sa propre faute ; tout homme qui mangera du raisin vert, ses propres dents en seront irritées. » (Jérémie 31,29-30). Alors ne reconnaîtrions-nous pas que la punition collective qui fait un amalgame entre les militaires et les civils, les combattants, les femmes et les enfants, ne saurait être utilisée ?

Plus encore, les chrétiens devraient répéter les paroles du psalmiste : « J’écoute : que dira le Seigneur Dieu ? Ce qu’il dit, c’est la paix pour son peuple et ses fidèles ; qu’ils ne reviennent jamais à leur folie ! » (Psaume 84-85).Et quelle plus grande folie que la guerre, qui a déjà défiguré le siècle passé ? Les chrétiens ne devraient-ils pas reprendre pour eux les mots de sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix, carmélite, née juive, morte déportée à Auschwitz qui demanda à s’offrir « en sacrifice d’expiation au cœur de Jésus pour la vraie paix : pour que l’antéchrist s’écroule, si possible, sans une nouvelle guerre mondiale » ?

Maryse Quashie

Avec La Croix Africa

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