De 2005 jusqu’à ce jour, le Togo compte une demi-douzaine de premiers ministres à la tête des différents gouvernements sous les mandats du Président Faure Gnassingbé. En attendant la nomination du prochain premier ministre et la formation d’un nouveau gouvernement, l’actuel chef du gouvernement, Komi Selom Klassou, joue à la prolongation.

Il faut le rappeler, de 2005 jusqu’à ce jour, six premiers ministres ont contribué, en collaboration avec le Président de la République, à gouverner le Togo. Le tout premier ministre nommé par Faure Gnassingbé après son élection en avril 2005 fut Edem Kodjo suivi de Maître Yawovi Agboyibo, tous deux décédés cette année. Pour compléter la liste, les deux déjà cités ajoutés à Komlan Maly, Gilbert Fossou Houngbo, Ahoomey Zunu et enfin Komi Selom Klassou auront été les personnalités qui ont eu la charge de conduire les actions du gouvernement sous la présidence de Faure Gnassingbé. Pour une meilleure gouvernance attendue de la prochaine équipe gouvernementale, il ne serait pas inutile de s’adonner à un petit exercice qui consistera à dresser un bilan très sommaire de chacun des gouvernements conduits par les six premiers ministres afin d’identifier ce qui aurait manqué pour un résultat plus satisfaisant.

EDEM KODJO : 09 JUIN 2005 – 20 SEPTEMBRE 2006

Edouard Edem Kodjo fut nommé Premier ministre par Faure Gnassingbé en juin 2006 après la présidentielle tenue en avril de la même année. Suite à la crise politique née au lendemain du décès du Général Eyadema en février 2005 et aux violences post-électorales d’avril de la même année, Me Yawovi Agboyibo a été proposé au poste de Premier Ministre pour faciliter le processus de réconciliation, puisqu’il faisait partie des principaux acteurs de la crise. Mais il va subordonner son accord par des conditions rejetées par le pouvoir en place. Edem Kodjo accepta l’offre sans condition. Il aura pour mission principale de contribuer au retour des réfugiés, à la réconciliation des Togolais et à la relance de l’économie nationale. S’il a pu faire revenir quelques réfugiés et commencer la relance timide de l’économie nationale, il ne parviendra pas à réconcilier la classe politique togolaise déchirée par des querelles profondes car, sa personne constituait un sérieux obstacle au sein d’une opposition qui le considérait comme trop partisan vis-àvis du pouvoir en place.

YAWOVI AGBOYIBO: 20 SEPTEMBRE 2006 – 06 DÉCEMBRE 2007

Les négociations entre le RPT, parti au pouvoir et l’opposition togolaise sous la médiation du Président Burkinabé d’alors aboutiront à la signature de l’Accord Politique Global (APG) en août 2006. Me Agboyibo, nommé Premier ministre le 20 septembre 2006 avait pour mission de conduire le gouvernement d’union en vue de la mise en application de l’APG. L’Union des Forces de Changement de Gilchrist Olympio, principal parti de l’opposition à l’époque fut le premier à violer les clauses de cet accord en boycottant le gouvernement Faure-Agboyibo. Le président nsational du CAR, dit le Bélier Noir, a tant bien que mal conduit le gouvernement jusqu’à l’organisation des élections législatives de 2007 sans la mise en application complète des points de l’APG par la faute d’une opposition divisée et les désaccords entre elle et le pouvoir.

KOMLAN MALLY : 06 DÉCEMBRE 2007 – 08 SEPTEMBRE 2008

Le Premier ministre Komlan Mally pour avoir passé seulement 9 mois à la tête du gouvernement n’ a pas pu obtenir de résultats probants à un moment où le pays faisait face à la hausse du prix du carburant, à la flambée des prix de première nécessité et aux revendications sociales. Néanmoins, le gouvernement qu’il a dirigé a pu subventionner à coût d’une dizaine de milliards le prix du carburant à la pompe. Il aura, en outre, l’honneur de voir l’Union Européenne reprendre sa coopération avec le Togo sous son gouvernement.

GILBERT FOSSOU HOUNGBO : 08 SEPTEMBRE 2008 – 11 JUILLET 2012

Pour les quatre ans qu’il a passé à la primature, Gilbert Fossou Houngbo, expert-comptable de formation, ancien Secrétaire Général Adjoint des Nation Unies et Directeur « Afrique » du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), a réussi sur le plan économique à propulser le Togo aux rangs des pays émergents. Plusieurs partenaires en développement ont apporté un souffle important à l’économie togolaise sous la gouvernance empreinte de plus de rigueur grâce à Gilbert Fossou Houngbo. Avec lui, le Togo a connu la réalisation de grands travaux qui ont pu changer l’image du pays. Sur le plan politique, malheureusement, les querelles politiques n’ont pas permis à cet onusien d’obtenir les résultats attendus de lui jusqu’à sa démission.

ARTHÈME AHOOMEY-ZUNU : 12 JUILLET 2012 – 10 JUIN 2015

Le premier ministre Ahoumey-Zunu avait pour principaux points de sa feuille de route, l’approfondissement du dialogue démocratique, le respect des lois de la bonne gouvernance, la promotion d’une société internationale pacifique, la protection des citoyens contre l’insécurité et le développement de l’économie de proximité. Sur le plan politique, M. Ahoomey Zunu était loin d’être l’homme du consensus, du fait de son langage peu diplomatique vis-à-vis de ses adversaires politiques. Aucun accord politique véritable n’a pu aboutir sous sa directive. Sur plan social, le PM Arthème Ahoumey-Zounou a eu à gérer des moments très difficiles avec l’ébullition sociale. Les revendications syndicales avec la Synergie des Travailleurs du Togo et le SYNPHOT n’ont pas été chose aisée. Il a tout de même, malgré quelques ratés, réussi à trouver une issue. On notera une augmentation de 30.000 et 20.000 francs sur le salaire de tous les fonctionnaires sous sa gouvernance. Le successeur de Gilbert Houngbo aura négativement marqué les Togolais sur les autres points. Il traînera également avec lui l’histoire des détournements des fonds destinés à la CAN 2013.

KOMI SELOM KLASSOU : 10 JUIN 2015 JUSQU’À CE JOUR

IN 2015 JUSQU’À CE JOUR On pourra retenir pour l’essentiel que c’est avec le Premier Ministre Selom Klassou que le Togo a sensiblement avancé dans le classement fait par la Banque Mondiale en 2020. Il a ainsi gagné 40 places, devenant 3ème pays le plus réformateur au monde et le 1er en Afrique. Les indicateurs macroéconomiques sont au vert avec un bon climat des affaires reconnu par nos partenaires en développement. Sur le plan social, la question des grèves intempestives des enseignants a pu trouver des solutions grâce à des accords dont les points sont en cours de résolution progressive. Mais, le plus grand défaut que le commun des Togolais reconnaît à l’actuel Premier ministre est inclination à n’être que la main ouvrière de l’appareil d’Etat, se refusant de prendre de son propre chef des initiatives. On retiendra que c’est sous sa gouvernance que le Togo a connu diverses crises sociopolitiques qui ont fortement secoué le tissu social. Les problèmes liés aux bavures policières, aux braquages en plein jour sont comme des taches d’huile qui marqueront son passage à la Primature. Au demeurant, deux problèmes majeurs restent entiers et aucun gouvernement, malgré tout, n’est encore parvenu à les résoudre. Il s’agit bien de la corruption et du chômage des jeunes qui gangrènent dangereusement notre société. En attendant donc la nomination du futur Premier ministre, il urge d’inviter les hautes autorités à tirer les leçons des ratés imputables aux différents gouvernements afin de faire le bon choix avant la nomination d’un septième premier ministre capable de combler les attentes des Togolais au vu des défis qui attendent.

Théo

Source : Le Soleil N° 459 du Vendredi 12 Juin 2020

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